À l’approche de l’hiver, les termes relatifs à l’interruption de l’alimentation électrique sont légion. Alors si une bonne fois pour toutes, vous appreniez ce qu’est un black-out et un délestage ?


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Ce n’est un secret pour personne : lorsqu’il gèle à pierre fendre, les températures basses obligent les ménages à chauffer davantage leur habitation. Et, par conséquent, à consommer une plus grande quantité d’énergie : du gaz, du mazout, du pellet, du bois, mais également de l’électricité pour les chauffages électriques.

En Belgique, pour faire face à l’augmentation de la consommation électrique en période de froid, il est souvent question de « plan de délestage » ou de « réserve stratégique » d’électricité. S’agit-il d’une seule et même procédure qui possède deux appellations ou au contraire, existe-t-il plusieurs solutions en cas de vague de froid ? Comment fonctionnent ces solutions et quand le gouvernement décide-t-il de les mettre en place ? Qu’est-ce qu’un black-out ? En outre, est-ce que la production d’électricité en Belgique est suffisante pour couvrir les besoins de tous ? Cet article vous permettra de mieux comprendre cette problématique tout en vous proposant quelques conseils concernant votre contrat énergétique.

Production et approvisionnement d’électricité en Belgique et en Europe

Toute l’année, la quasi-totalité des pays européens produit de l’électricité. Certains, comme les pays nordiques, par exemple, s’appuient majoritairement sur une production hydraulique et éolienne de l’électricité. D’autres, comme la Belgique, produisent de l’électricité majoritairement à partir du nucléaire. Qu’il s’agisse d’une méthode de production ou d’une autre, celles-ci peuvent parfois faire défaut. S’il y a peu de vent, les éoliennes tourneront lentement, voire pas du tout. De façon analogue, si les centrales nucléaires nécessitent une maintenance, celles-ci seront mises à l’arrêt et ne produiront plus d’énergie.

Pour rappel, selon des chiffres fournis par Elia, la production d’électricité en Belgique se répartit (03/18) comme suit :

  • Nucléaire : 40,38 % ;
  • Gaz naturel : 33,23 % ;
  • Hydraulique: 9,51 % ;
  • Éolien : 8,61 % ;
  • Combustibles liquides (LF): 1,36 % ;
  • Autres : 6,91 %

En temps normal et hors période hivernale, les problèmes d’approvisionnement en électricité sont plutôt rares. Les parcs énergétiques de chaque pays sont prévus pour fournir une quantité suffisante d’électricité à leurs citoyens. Si, pour l’une ou l’autre raison, le pays ne produit pas suffisamment d’électricité pour ses habitants, il importe la quantité d’électricité manquante auprès des pays voisins. Il permet ainsi à l’ensemble de sa population d’être constamment alimentée en électricité.

Certains pays présentent une production excédentaire d’électricité et ont donc la possibilité d’en exporter une partie. Ces imports/exports d’électricité sont d’ailleurs constants et continus tout au long de l’année. Pour information, il est même possible de suivre ces échanges en direct sur « Electricity Map », une carte en ligne qui indique l’origine de l’électricité et quelle quantité de CO2 a été émise pour la produire.

Thermomètre indiquant une température négativeLes problèmes surviennent lorsque le mercure descend. Le premier réflexe, logique, est évidemment d’importer une plus grande quantité d’électricité en provenance des pays limitrophes comme la France ou les Pays-Bas. Cependant, la météo ne connaît pas de frontières et les vagues de froid ne se limitent pas à la Belgique. En général, les pays voisins sont, eux aussi, touchés par le froid et ont besoin d’une plus grande quantité d’électricité (en France tout particulièrement). Dans une telle situation, chaque pays s’isole en quelque sorte et tente de conserver un maximum d’énergie produite à l’intérieur du pays.

Si un pays exporte tout de même de l’électricité lorsque l’offre est faible et la demande élevée, il lui est alors possible de revendre cette électricité à un prix élevé. Pour reprendre le cas de la Belgique et de la France, tous deux sont dans l’obligation d’importer de grandes quantités d’électricité. Surtout lorsque les pics de consommation surviennent : entre 08h00 et 10h00 du matin et sur le coup de 19h00. Pour pallier les augmentations de consommations dues à la vague de froid, les Pays-Bas revendent une partie de leur électricité à la Belgique et à la France.

Disponibilité de l’électricité : comment survient un manque ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de garder à l’esprit que la disponibilité de l’électricité en Belgique dépend en grande partie de la disponibilité de cette même énergie au sein des autres pays de l’Union européenne, et tout particulièrement outre-Quiévrain.

Le manque d’électricité auquel la Belgique devra éventuellement faire face découle de plusieurs facteurs connectés les uns aux autres mais qu’il convient de bien distinguer.

  • Température : élément important de l’augmentation de la demande d’électricité en Belgique et dans les pays limitrophes. En effet, une partie de la population utilise l’électricité pour chauffer son habitation (chauffage à accumulation, habituellement relié à un compteur exclusif de nuit). Même si cette proportion est bien plus faible en Belgique que chez nos voisins français (à l’époque où la France souhaitait acquérir une indépendance énergétique, l’installation de convecteurs électriques a été fortement favorisée), cela présente tout de même des répercussions chez nous, notamment en matière d’importation. Il faut savoir qu’une diminution de 1° en France correspond à une augmentation de consommation de 2.500 MWh, l’équivalent de 2,5 réacteurs nucléaires !
  • Capacité de production : la production d’électricité en Belgique ne tourne pas toujours à plein régime. En effet, certaines unités de production sont parfois à l’arrêt, comme Tihange 1 et la centrale de Tessenderlo (révision ou résolution de problèmes techniques). Certaines centrales au gaz, notamment à Seraing et à Vilvorde ne sont pas utilisées, faute de rendement. Néanmoins, ces unités sont maintenues en état de fonctionnement et peuvent être sollicitées dans le cadre de la réserve stratégique. Quant à la production liée à l’énergie éolienne, celle-ci est fortement dépendante des conditions climatiques.
  • Dépendance aux pays voisins en termes d’importation d’électricité : En 2015, 21,03 TWh d’électricité ont été importés, ce qui représentait environ 25% de la consommation totale nette d’électricité sur notre territoire. Cette tendance était plutôt à la hausse mais en 2016, l’importation nette a diminué de 71% à la suite du retour à la normale du niveau de production.
Graphique représentant l'importation nette d'électricité réalisé par la FEBEG

Totaux des imports, exports et imports nets d’électricité en Belgique. Source : FEBEG

La capacité d’importation d’électricité de la Belgique avec les Pays-Bas est de l’ordre de 3.500 MW. Il s’agit de la capacité d’importation en temps normal. Or, en période de grand froid, il nous faut partager cette capacité d’importation avec la France. Dès lors, le risque de pénurie d’électricité augmente et les possibilités d’importation de la Belgique ne couvrent plus forcément la consommation totale d’électricité.

Solutions mises en place pour éviter une pénurie d’électricité

Pour assurer la disponibilité d’électricité en Belgique, plusieurs stratégies sont mises en place. Nous les passons ici en revue, en commençant par celle mise en place en premier et en terminant par celle qui entre en vigueur lorsque toutes les autres solutions ont été épuisées :

  • Augmentation des volumes de production : augmenter certains volumes de production, notamment grâce aux unités de production qui ne tournent pas automatiquement à 100%.
  • Activation des réserves opérationnelles : jouer sur certaines réserves en activant certaines unités de gaz à démarrage rapide.
  • Augmentation de la capacité d’import : augmenter la capacité d’importation, notamment en provenance des Pays-Bas. En temps normal, la capacité d’importation à partir de la Hollande est de 3.500 MW.
  • Activation de la réserve stratégique : ce mécanisme permet de faire face aux éventuels problèmes d’approvisionnement qui surviennent à court terme. Lorsque cette réserve est activée, certaines centrales électriques (au gaz notamment) hors service sont redémarrées. En ce qui concerne la Belgique, nous disposons actuellement d’une réserve stratégique de 750 MW, grâce aux centrales au gaz de Vilvorde et de Seraing. Il existe également des charges interruptibles. Il s’agit de charges industrielles qu’il est possible de mettre à l’arrêt en cas de besoin.
  • Limitation de la consommation d’électricité : Il peut être demandé aux citoyens de réduire leur consommation d’électricité, notamment durant les heures à forte consommation (entre 08h00 et 10h00 du matin et aux alentours de 19h00).
  • Activation du plan de délestage: le plan de délestage est le dernier rempart mis en place pour éviter une situation de « black-out ». Ce dernier consiste en une panne généralisée de l’alimentation électrique du pays à cause d’un déséquilibre important entre la production d’électricité et la consommation. En cas de pénurie, la ministre de l’Énergie prend la décision d’activer ce plan et Elia l’exécute en coupant un certain nombre de postes à haute tension, répartis sous forme de « tranche ». Si ce plan est activé, la population concernée est prévenue la veille. Actuellement, il existe huit tranches, représentées sur les cartes du SPF Économie.

Pylônes électriquesConcernant la réserve stratégique, la ministre de l’Énergie, Marie Christine Marghem (MR), avait annoncé début janvier 2017 que le volume de cette réserve serait augmenté de 150 MW pour l’hiver 2017-2018, suite à une analyse d’Elia datant du 15 novembre 2016. Cette prise de décision se basait notamment sur les limitations d’importation d’électricité qui ont eu lieu dans le courant du mois de novembre 2016. La réserve sera allouée pour trois ans aux unités de production faisant l’objet d’une notification de mise à l’arrêt (conformément à la loi). Du point de vue du consommateur, cette augmentation de la réserve stratégique représentera un surcoût de 1,5€ par an pour un ménage de quatre personnes.

Selon la ministre, cette réserve sur trois ans garantira notre sécurité d’approvisionnement et permettra aussi de conserver un certain nombre d’unités de production sur le territoire belge. Dans une optique d’investissement, la ministre avait également demandé à son administration d’analyser l’éventualité d’un « mécanisme de rémunération de la capacité ».

Sans entrer dans tous les détails, la « rémunération de la capacité » constitue un complément de revenu à destination des détenteurs des parcs et unités de production qui aurait pour but de ne pas détériorer le climat d’investissement dans des unités de production en Belgique. En effet, une diminution des investissements pourrait compromettre l’adéquation des divers méthodes de production et, à terme, la sécurité d’approvisionnement.

Prix de l’électricité en fonction de l’offre et de la demande

Comme pour tout élément proposé à la vente et à l’achat dans notre société, l’électricité est soumise à la loi de l’offre et de la demande. À demande identique, plus l’offre augmente, plus le prix de l’électricité diminue. À l’inverse, lorsque la demande augmente et se rapproche de l’offre, voire la dépasse, les prix s’envolent.

Ampoule alluméeAvec la diminution des températures durant l’hiver, la demande grandit énormément et ce, plus rapidement que l’offre mise en place pour équilibrer la balance. Dans une telle situation, les prix augmentent, comme nous avons pu le constater début novembre 2016. Certains jours, des pics dépassaient les 250€/MWh entre 18h00 et 19h00 (sur les marchés de gros pour les prix « spots », prix qui varient au jour le jour). À titre de comparaison et en situation normale, les prix « spots » se situent aux alentours des 50€/MWh. Notons également qu’en novembre 2016, certaines centrales étaient à l’arrêt en France pour cause de maintenance, accentuant dès lors le problème.

Face à ces augmentations difficilement prévisibles, les fournisseurs d’électricité se voient dans l’obligation de répercuter ces hausses sur les factures de certains de leurs clients. En effet, ceux qui ont choisi un contrat d’électricité à prix fixe sont protégés par ces hausses de prix. En revanche, ceux qui ont sélectionné une offre à prix variable sont inévitablement tributaires des variations des prix de l’énergie sur les marchés de gros.

Comment éviter l’augmentation de sa facture ?

En tant que consommateur, il existe deux situations bien distinctes :

  1. Client avec un contrat fixe : dans cette situation, le client est en sécurité pendant toute la durée de son contrat d’énergie (1, 2, 3 voire 5 ans). Si le fournisseur achète l’électricité sur les marchés de gros à des prix exorbitants, il ne peut le répercuter sur votre contrat puisque vous avez opté pour un contrat fixe.
  2. Client avec un contrat variable : cette situation est la plus risquée pour le consommateur. En effet, lorsque les prix augmentent, le fournisseur le répercute sur les contrats variables de ses clients.

Si vous vous situez dans la deuxième catégorie, vous devez être très vigilant aux fluctuations des prix de l’électricité. Il se peut en effet que votre prix augmente fortement lorsque les fournisseurs achètent votre électricité à des prix très élevés. Avec comme résultat, une grosse facture d’électricité.

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Ce qu’il faut retenir

Point d'exclamationTout au long de l’année, l’électricité transite continuellement en Europe. Grandement dépendante des pays voisins, la Belgique importe une partie non négligeable de son électricité et dépend donc en partie des autres pays. En particulier lorsque le parc électrique belge ne tourne pas à plein régime ou lors des périodes plus froides. Pour éviter toute pénurie d’électricité, la Belgique a mis en place toute une série de stratégies qui permettent aux citoyens d’être continuellement alimentés en électricité. Le plan de délestage, qui obligerait Elia à couper l’électricité par tranche et par secteur en Belgique, n’a encore jamais été activé et ne le sera qu’en cas d’extrême situation. Les citoyens peuvent donc être rassurés à ce niveau.

Cependant, les montants des factures des consommateurs qui possèdent actuellement un contrat variable d’électricité augmentent en fonction des prix sur les marchés de gros. Il est donc important, voire primordial, de vérifier le type de contrat que vous possédez actuellement et de comparer afin d’être certain d’avoir le contrat fixe le plus intéressant.

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